EPILOGUE

E LA NAVE VA !

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La vie, j'en suis, je l'aime. Où va le monde ? Allez savoir. Il n'est pas complètement absurde, mais très étonnant. L'éternité est dans l'instant.

Sur cette planète où la violence, la perversité et la laideur sont à l'œuvre, je découvre et j'apprécie des îles où fleurissent la bonté, la vérité et la beauté. M'arrive-t-il parfois de m'accorder au sens favorable des courants ? Peut-être, un peu.

Ai-je défini une mentalité prospective pour traverser la vie ? En aucune façon. J'ai indiqué celle qui se dégage de ma propre aventure. Chacun, à travers les circonstances et au hasard des événements, élabore en lui-même un état d'esprit en cohérence avec ses coefficients personnels, ses mêlées significatives, ses ouvrages et ses méditations. Ce qu'il veut et fait lui est imposé. Grâce à sa capacité réflexive, il prend acte des traits caractéristiques de conscience que distille son agir nécessaire.

Alors que je devine déjà les côtes où se dissimule mon dernier port, j'ai vu partout en haute mer chacun jouer son rôle particulier, à sa place unique. Certains s'en sortent bien à bord, qu'ils peinent sur une galère, courent sur un trimaran ou fassent croisière sur un paquebot. Ils habitent leur expérience, en réjouissant leurs compagnons de route.

Il n'importe que de naviguer. Parier pour une destination ? On le peut, ça aide à supporter avaries et avanies. Aller quelque part. Peu de navigateurs ont envie de se laisser filer à la dérive ou de faire des ronds sur la mer. Embarqué avant l'aube, chacun progresse d'abord devant lui, en tournant le dos au chemin qu'il a déjà parcouru bien avant de se savoir marin. Il ne change pas d'option sans raison. Revenir en arrière ou bifurquer voudrait dire que la voie suivie est devenue impraticable, toujours face au vent ou sur un océan peuplé d'inquiétants icebergs. En fait, tous mettent secrètement le cap sur l'Eldorado, une île fortunée ou une montagne magique, pour ne découvrir à l'échéance que la splendeur du vide ! Pour s'avouer que c'est la quête qui compte et non pas le trésor. L'humain tisse son être de ses itinéraires, de ses louvoiements et de ses luttes avec les monstres de l'océan. Ma vie ne rime à rien. Il n'y a qu'à la jouer.

Et vogue le navire ! Nous voguons, puisque nous avons été constitués pour voguer. Finalement, sur cette terre sphérique, où l'on ne refait jamais deux fois le même tour du globe, mais où la consigne est de courir de plus en plus vite, peut-être beaucoup apprécieront-ils un jour de tourner en privilégiant le sort des marins. Etre en route en fraternité, dans la diversité des fonctions. Puisque nous n'avons pas la clarté sur la destination du voyage, nous n'avons qu'à répondre à chaque instant aux modalités de la progression. Parfois effrayés par la hauteur des vagues et la profondeur des creux. Parfois ravis par la fraîcheur émoustillante des matins ou la splendeur apaisante des couchers du soleil.

Tant que le bateau va !

 

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